Notice: Undefined index: HTTP_REFERER in /homez.46/staycalm/www/models/templates/Article_201.php on line 15

Les luttes féministes du rap africain par Laurent Goudet


Notice: Undefined variable: imgTop in /homez.46/staycalm/www/models/templates/Article_201.php on line 60


La culture hip hop s'enracine à travers tout le continent africain. Alors que les rappeurs sont devenus les figures de proues du combat féministe, les femmes sont de plus en plus nombreuses à s'imposer dans le mouvement. Des rappeuses qui dénoncent sans tabous les injustices que subit la femme africaine au quotidien. Reportage.

C'est alors que Priss-K prit le micro.Une des rares femmes à monter sur scène. Face à elle, un public survolté et essentiellement masculin venu assisté au clash party, une confrontation de rappeurs underground de Ouagadougou capitale du Burkina Faso organisé dans le cadre du festival international de hip hop africain, Ouaga Hip Hop.


L'ambiance monte d'un cran alors que Priss-K assène ses coups de boutoir verbaux dans un rap tranchant et sans concession.

Priss-K est ivoirienne.

Dans son quartier du centre d'Abidjan, malgré le contexte politique, malgré les difficultés de se produire sur scène, elle a choisi le rap pour exprimer sa soif de liberté et sa fureur de vivre. Du haut de ses 21 ans, cette jeune rappeuse sillonne l'Afrique de l'Ouest depuis des années programmée lors de concert et de festival hip hop de plus en plus nombreux sur le continent africain. Elle a déjà eu son moment de gloire, celui de chanter avec le rastaman Alpha Blondy à Paris Bercy le 22 octobre 2001. « Un moment inoubliable, je rêve encore de pouvoir monter sur scène en France, ce serait un formidable tremplin pour moi » explique-t-elle. Ses textes très engagés sont tous inspirés de la réalité quotidienne. L’un de ses titres est consacré au sort des femmes stériles rejetées par leur famille au prétexte qu’elles refusent d’enfanter. « Refuser de lui tendre la main est une non-assistance à personne en danger » affirme-t’elle dans une chanson particulièrement bouleversante. Le combat féministe revient comme un leitmotiv, source inépuisable de révolte et d’indignation. « Les Ivoiriennes sont gagnées par la facilité, celle de se marier avec un homme riche pour éviter de travailler et se mettre à l’abri. Donc on tend la main et on attend que dieu nous aide. Malgré cette résignation, il faut que ça évolue, que les femmes parlent et se prennent en main ».

Surfant sur la vague du rap africain, Priss-K illustre l’ancrage et la propagation de la culture hip hop dans la société africaine. Dès les débuts du hip hop africain, au début des années 90, les premières générations de rappeurs, dans leur souci de délivrer un message conscient, évoquaient déjà dans leurs textes les injustices sociales faites aux femmes. Ils furent les premiers artistes africains à s’emparer de ce thème. Le mariage forcé ou l’excision sont rapidement devenus des sujets récurrents dans leurs morceaux. Les rappeurs, dès le début du mouvement, ont plaidé pour une meilleure scolarisation des femmes et des jeunes filles, seule solution, à leurs yeux, pour une meilleure égalité entre les hommes et les femmes. Une lutte qui leur a valu l’adhésion d’un public de plus en plus mixte. Aujourd’hui encore la souffrance de la femme africaine revient régulièrement dans les textes des rappeurs.
Force progressiste
Phénomène nouveau, de plus de plus de femmes entrent sur le devant de la scène et prennent la parole en utilisant les codes culturels du hip hop. Leur style apporte une nouvelle couleur à ce mouvement musical. Avec quelques rares politiques, des ONG et des associations de femmes, les rappeuses sont devenues les chefs de file du combat féministe en terre africaine, une véritable force progressiste qui trouve un écho important parmi les jeunes. Leur conviction est que l'Afrique à tout à gagner à ce que la femme participe au pouvoir en véhiculant ses propres idées. Un combat politique mené sans tabou mais non sans respect pour leur pays et leur culture.

Myriam, leader du groupe sénégalais Alif peut témoigner de cette lutte qu’elle mène depuis le début des années 90. Cette dakaroise, étudiante en transport et logistique, fait partie des premières femmes à se lancer dans le hip hop malgré les défiances des hommes. « Beaucoup de producteurs pensaient que notre projet d’album était intéressant mais en fait ils n’en croyaient rien. Des personnes qui comptent dans la scène du rap et de la musique en Afrique ont tenté de nous écarter » assure-t-elle. Il a fallu puiser dans sa force vitale pour sortir le premier album en 1990 aux textes très engagés produit en Allemagne. Le morceau intitulé Matahal illustre bien la tonalité de l’album. Ce titre en wolof raconte l’histoire d’une jeune fille violée par son père et qui se retrouve enceinte. Elle explique dans une lettre qu’elle souhaite se suicider parce que l’enfant qu’elle porte en elle est à la fois son malheur et son bonheur.

Alif est composé de trois rappeuses. Sur scène, elles jouent la comédie du quotidien des femmes qui se jalousent pour un seul et même homme. Une illustration comique et décalée de la polygamie, une réalité sociale largement tolérée en Afrique et autorisée par la religion musulmane. Au delà de leur message féministe, Alif s’inscrit parfaitement dans un combat plus général pour plus de démocratie et de liberté au Sénégal. Pour preuve, elles ont participé à la campagne politique que les rappeurs sénégalais ont mené lors des dernières élections présidentielles en 2000 qui a vu l’élection d’Abdoulaye Wade. « On s’est battu pour cette alternance » insiste-t-elle.
Rap social
Myriam connaît le prix qu’il en coûte de se lancer dans le rap et de s'affirmer comme une femme indépendante. Aujourd’hui elle vit dans un appartement d’un quartier populaire de Dakar avec une amie. Elle mène de front ses études et sa carrière d'artiste. Des choix de vie qui ont provoqué une vraie rupture avec sa famille. « Ma mère s’occupe de la maison, ma sœur a arrêté très tôt les études, son objectif est de se trouver un bon mari. Finalement cette situation les arrange, elles refusent d'affronter la réalité, c’est pour ça qu’elles ne me supportent pas mon combat.Vous savez, j’ai souffert dans ma famille. J’ai été excisé, je fais partie d’une famille peule qui pratique l’excision depuis des générations. Un jour ma grand mère m’a pris dans ma chambre, elle s’est assise sur mes jambes. La douleur a été très forte, j’ai perdu beaucoup de sang, j’ai même failli en mourir. Depuis je deviens folle à la vue du sang et je suis allergique à la violence. »

Myriam sait aussi que l’union fait la force, elle travaille à l’organisation d’un festival regroupant toutes les rappeuses de l’Afrique de l’ouest. Car le succès d’Alif a fait des émules. Moona et Fatim font partie de cette nouvelle génération de rappeuses sénégalaises, deux jeunes artistes prêtes à en découdre. Moona se dit bien dans le hip hop. « Je pratique du rap social pour que tout le monde puisse s’y retrouver. » Elle évoque dans ses morceaux les femmes sénégalaises qui se font dépigmenter la peau. Ce que Moona considère comme une mutilation. Elle dénonce également la désinformation sur le sida orchestré par le gouvernement sénégalais qui cache volontairement l’ampleur de l’épidémie de peur de faire fuir les touristes. Pour Moona l’émancipation de la femme ne signifie pas la débauche ou le dévergondage. « Les femmes comprennent de mieux en mieux notre discours » affirme-t-elle.

Fatim a, elle, fait le choix encore plus radical d’intégrer WA BMG 44 l’un des groupes de rap les plus "hardcores" de Dakar. Pourtant Fatim a été élevée au sein d'une famille plutôt aisée avec un père respectueux et cultivé. Mais Fatim préfère se confronter à la misère en allant tous les jours répéter avec son groupe à Thiaroye l’un des quartiers les plus pauvres de la banlieue de Dakar. « Je refuse la facilité et je ne supporte pas les musiques sans message. Il faut un engagement » explique cette jeune fille de 24 ans. Son objectif : dénoncer les injustices, briser les carcans. Quite à s'exposer aux critiques ou se faire des ennemis.
Défi verbal
La culture hip hop touche aujourd’hui tous les pays africains, même ceux qui semblent coupés de toutes influences culturelles extérieures. L’exemple de Zarra Moussa dite ZM est à ce titre révélateur. ZM vit au Niger, un pays où la pression traditionaliste est très prégnante. Cette jeune mère de 25 ans vit à Niamey, la capitale du pays, entre fleuve et désert. Son dernier album intitulé « Kirari » en haoussa, est le défi verbal lancé par des guerriers africains avant la bataille. Le Kirari symbolise le courage et l’invincibilité.

ZM s’est d’abord fait une voix en interprétant des standards du reggae et de la musique moderne nigérienne au sein des grands orchestres de la capitale. En 2002, elle remporte le concours de rap organisé par l’Ambassade de France à Niamey avec le morceau « Femme-objet ». Un tremplin qui lui permet de rentrer en studio et enregistrer ses deux premiers singles. Des passages radio, des scènes lui permettent de s’imposer face à ses pairs masculins. ZM se fait un nom, ainsi qu’une solide réputation dans le milieu du hip hop.

Dans son album militant, loin des clichés, elle s’élève contre toutes les formes d’injustices, celles faites aux femmes et celles subies par l’Afrique. Elle s’adresse à un public international, francophone ou non car l’universalité de son message réside autant dans les thèmes que dans les langues utilisées : français, djerma et haoussa. Zara a su imposer son style avec un hip hop aux rythmiques lourdes où se mélangent sons reggae-ragga et mélodies africaines. Elle parle sans tabous de la violence, du mariage, de l’amour, de la rage qui l’anime." Je crie haut et fort ce que beaucoup ne peuvent que penser tout bas" explique-t-elle.

ZM est une vraie contradiction, une forme de schizophrénie très africaine semble l’habiter. Cette belle jeune femme au visage rayonnant et à la voix douce se transforment sur scène en une rappeuse intransigeante et virulente. « Dans mes morceaux je parle de la violence légalisée que les femmes subissent, de la honte des femmes violées, du sort de la femme rurale qui n’a pas accès à l’éducation et la connaissance » explique-t-elle. Elle n’est pas seule à mener ce combat dans son pays. L’ancienne ambassadrice de France du Niger aujourd’hui très impliquée dans le combat des femmes a invité ZM pour plusieurs concerts. Une façon de la soutenir dans son combat.
Article Femme HH - Myriam 2




tell a friend ...